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Salaire annuel moyen : comment se calculent vos 25 meilleures années

Revalorisation, plafonnement au PASS, années écartées, LURA, coefficient de liquidation : le guide complet du salaire annuel moyen, la brique de calcul qui détermine votre retraite de base en 2026.

Publié le 16 juillet 2026Mis à jour le 28 juillet 202612 min de lecturePar Claude-Henri Poitou

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Quand je présente un audit à un client, il y a un chiffre qui déclenche presque toujours la même réaction. Ce n'est ni l'âge de départ, ni le nombre de trimestres. C'est le salaire annuel moyen.

« 48 060 € ? Mais je me rémunère 130 000 € depuis quinze ans. »

Oui. Et c'est parfaitement normal. Le salaire annuel moyen — le SAM, dans notre jargon — est la brique de calcul la plus mal comprise de tout le système, alors que c'est elle qui détermine le montant de votre retraite de base. On passe des heures à compter les trimestres, qui ne servent qu'à fixer un taux et un coefficient, et on ignore le facteur qui multiplie tout le reste.

Je vous propose donc de faire ce que je fais en début d'audit : ouvrir le capot du calcul, année par année.

Où le SAM se place dans la formule

Commençons par situer les choses. Votre retraite de base du régime général se calcule ainsi :

Salaire annuel moyen × taux de pension × coefficient de liquidation

Trois facteurs, trois rôles distincts :

  • Le salaire annuel moyen : la moyenne de vos 10 à 25 meilleures années, selon votre génération.
  • Le taux de pension : 50% au maximum (le fameux « taux plein »), diminué de 0,625% par trimestre manquant en cas de décote.
  • Le coefficient de liquidation : le rapport entre votre durée d'affiliation au régime et votre durée de référence, plafonné à 1.

Ces mêmes règles s'appliquent aux salariés agricoles relevant de la MSA et aux indépendants affiliés à la Sécurité sociale des indépendants : ce sont les régimes dits « alignés », qui ont adopté les règles de calcul du régime général.

Retenez surtout ceci : le SAM est un multiplicateur. Les deux autres facteurs ne font que l'éroder. Un SAM médiocre ne se rattrape jamais par des trimestres, alors que l'inverse est faux.

Les 25 meilleures années ne sont pas celles que vous croyez

Voici l'erreur la plus répandue. Les gens regardent leur carrière en euros courants et désignent leurs quinze dernières années comme « les meilleures ». C'est presque toujours faux.

La caisse procède en trois temps :

  1. Elle plafonne chaque année au PASS de l'année concernée.
  2. Elle revalorise chaque année avec des coefficients basés sur l'indice des prix en vigueur à la date d'effet de votre pension.
  3. Elle classe les montants ainsi revalorisés et retient les 25 plus élevés.

Ce sont donc les 25 meilleures années après revalorisation et après plafonnement. Une année 1992 à 30 000 F… pardon, une année 1992 correctement rémunérée peut parfaitement battre une année 2015 une fois l'inflation neutralisée. C'est pour cette raison que je refuse toujours de trancher « à l'œil » sur un relevé de carrière : le classement ne se lit pas, il se calcule.

Détail technique qui a son importance pour les carrières anciennes : les montants reportés en anciens francs sont convertis en nouveaux francs, puis en euros et arrondis au cent. Les salaires, eux, sont arrondis à l'euro le plus proche.

Le nombre d'années retenues dépend de votre génération

Le « 25 » n'est pas universel. La montée en charge s'est étalée sur des décennies, et — point que beaucoup ignorent — elle diffère entre le régime général et les indépendants :

Année de naissanceRégime général / MSASécurité sociale des indépendants
Avant 193410 ans10 ans
193815 ans13 ans
194320 ans15 ans
194725 ans19 ans
194825 ans20 ans
195025 ans22 ans
195225 ans24 ans
À compter de 195325 ans25 ans

Au régime général, les 25 années s'appliquent donc dès la génération 1948. Chez les indépendants, il faut attendre 1953. Pour toute personne née à compter de 1953 — c'est-à-dire l'essentiel des départs actuels et à venir —, c'est 25 années partout.

Le plafonnement au PASS : pourquoi votre base est structurellement limitée

Nous voici au cœur du sujet pour les dirigeants et les hauts revenus.

La cotisation du régime de base étant limitée au plafond annuel de la sécurité sociale, les revenus reportés à votre compte le sont aussi. En 2026, le PASS s'élève à 48 060 €.

Concrètement : que vous vous rémunériez 60 000 € ou 250 000 €, l'année est reportée à votre compte à hauteur du PASS de l'année concernée. Au-delà, plus rien n'entre dans le SAM. La retraite de base d'un dirigeant à hauts revenus et celle d'un cadre rémunéré au plafond sont, à carrière égale, identiques.

C'est la raison mathématique pour laquelle toute l'optimisation d'un dirigeant se joue ailleurs : sur la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, qui elle ne connaît pas ce plafonnement de la même façon, et sur l'épargne dédiée. Si votre projection de retraite raisonne en pourcentage de votre rémunération actuelle, elle est fausse par construction.

Deux exceptions et précisions à connaître :

Le déplafonnement multi-employeurs avant 2005. Si vous avez eu plusieurs employeurs simultanément avant 2005, les salaires reportés avant cette date peuvent être déplafonnés, dès lors que les deux employeurs ont cotisé au régime d'assurance vieillesse. Depuis le 1er janvier 2005, les revenus sont plafonnés au PASS sans exception. Attention : dans le cadre de la LURA, ce déplafonnement ne s'applique pas et l'intégralité de la carrière est limitée au PASS. J'y reviens plus bas.

Pour les indépendants, l'assiette est plus large qu'on ne le croit. Le revenu retenu est celui qui a été soumis à cotisation d'assurance vieillesse. Il ne se limite donc pas à la rémunération de gérance : il intègre notamment les dividendes soumis aux charges sociales et les cotisations facultatives payées par l'entreprise pour le compte du dirigeant (contrats Madelin, par exemple). C'est un point structurant dans l'arbitrage rémunération ou dividendes — mais il ne produit d'effet sur le SAM que tant que vous êtes sous le PASS.

Les trois catégories d'années qui sont écartées du calcul

Voilà le passage que je conseille de lire deux fois, parce qu'il contient un vrai piège.

Trois types d'années ne sont pas retenues dans le SAM :

  • L'année de votre départ en retraite. Elle ne compte jamais. Inutile d'espérer qu'un dernier exercice exceptionnel vienne rehausser la moyenne.
  • Les années dont le salaire est insuffisant pour valider au moins un trimestre. En 2026, il faut 1 803 € pour valider un trimestre (150 fois le SMIC horaire de 12,02 €), et 7 212 € pour en valider quatre.
  • Les années ayant fait l'objet d'un rachat de trimestres au titre des années d'études ou des années incomplètes.

Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête. Racheter des trimestres sur une année la sort du calcul du SAM. Si vous rachetez sur une année qui figurait parmi vos 25 meilleures, vous payez pour gagner des trimestres et vous perdez cette année dans la moyenne. Selon les cas, l'opération peut s'avérer nettement moins rentable qu'annoncé — voire se retourner contre vous. C'est un des contrôles que je fais systématiquement avant de valider un projet de rachat, et c'est développé dans notre guide sur la rentabilité du rachat de trimestres.

Deux revenus « invisibles » qui comptent pourtant

À l'inverse, deux éléments entrent dans le SAM alors que personne ne les attend :

  • Les indemnités de congé maternité, retenues à hauteur de 125% de leur montant, afin de reconstituer un montant brut fictif.
  • Le revenu déclaré par la CAF au titre de l'assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF), dont les cotisations sont calculées sur une assiette forfaitaire égale à 169 fois le SMIC horaire de l'année précédente.

Pour le salarié, l'assiette est par ailleurs plus large que le salaire de base : elle intègre tous les éléments de rémunération soumis à cotisations d'assurance vieillesse — primes, avantages en nature, indemnités de congés payés.

« Si je m'arrête deux ans avant, ma pension baisse ? »

C'est probablement la question qu'on me pose le plus, et la réponse contredit l'intuition générale.

Non — à condition d'avoir déjà 25 années valorisables.

Le régime retient les 25 meilleures années. Une année creuse, faible ou nulle en fin de carrière ne « pollue » donc pas la moyenne : elle reste simplement en dehors du classement. Pour un dirigeant qui a passé vingt-cinq ans au-delà du PASS, arrêter à 61 ans plutôt qu'à 63 ne change rien au SAM.

La nuance est ailleurs, et elle est double :

  1. Le SAM ne bouge pas, mais les trimestres, si. Cesser une activité peut vous coûter des trimestres cotisés, donc peser sur le taux (décote) et sur le coefficient de liquidation. C'est là que se situe le vrai coût, pas dans la moyenne.
  2. Si votre carrière compte moins de 25 années retenables, alors chaque année faible entre dans la moyenne faute de mieux. C'est typiquement le cas des carrières démarrées tard, des expatriés, ou des dirigeants passés tardivement au statut d'assimilé-salarié.

Autrement dit : le raisonnement « je dois tenir jusqu'au bout pour ne pas casser ma moyenne » est faux pour la majorité de mes clients, et rigoureusement exact pour une minorité. La seule façon de savoir dans quel camp vous êtes, c'est de compter vos années valorisables.

Le cas du polypensionné : LURA ou proratisation

Si vous avez relevé de plusieurs régimes alignés, tout dépend de votre année de naissance.

Né à compter du 1er janvier 1953 : la LURA s'applique. Depuis le 1er juillet 2017, les polypensionnés des trois régimes alignés (régime général, MSA, SSI) perçoivent une pension unique dont les paramètres tiennent compte de l'intégralité des périodes effectuées dans les trois régimes.

Conséquences concrètes :

  • Le nombre d'années retenues n'est pas proratisé : c'est 25 années, point.
  • Les revenus salariés et indépendants d'une même année sont totalisés, puis éventuellement plafonnés au PASS.
  • Sont retenues les 25 meilleures années de revenus permettant la validation d'au moins un trimestre cotisé.
  • Les trimestres validés dans l'ensemble des régimes alignés sont totalisés, dans la limite de 4 par an.

Né avant 1953 : chaque régime verse sa propre pension, et le nombre d'années retenues est proratisé selon la durée d'assurance accomplie dans chacun. Les trimestres de chaque régime sont totalisés même s'ils se superposent, et le résultat est arrondi au nombre le plus proche (0,5 comptant pour une année).

Exemple donné par les textes : un assuré ayant validé 100 trimestres au régime général et 70 à la SSI retient 25 × 100 / 170 = 14,7 → 15 années au régime général, et 25 × 70 / 170 = 10 années à la SSI.

Attention à ne pas confondre : ces règles concernent les régimes alignés. Une carrière mêlant public et privé, ou incluant un régime de professions libérales, obéit à une autre logique — voir notre guide des polypensionnés public-privé.

Le coefficient de liquidation : la seconde proratisation

Dernier facteur, et source d'une confusion tenace avec la décote.

Le montant issu de « SAM × taux » est affecté d'un coefficient pondérateur, égal au rapport entre votre durée d'affiliation au régime et votre durée de référence. Cette durée d'affiliation est plafonnée à la durée de référence : le coefficient ne peut donc jamais dépasser 1.

Point capital pour les carrières mixtes : dans le cadre de la LURA, seuls les trimestres des régimes alignés entrent dans ce rapport. Exemple issu des textes : un assuré né en 1971 a validé 160 trimestres, dont 100 au régime général, 20 à la SSI et 40 au régime de base des professions libérales. Sa durée de référence est de 172 trimestres. Le coefficient ne retient que les 120 trimestres des régimes alignés : 120 / 172 = 0,70. Les 40 trimestres libéraux ne disparaissent pas — ils ouvrent droit à une pension auprès de leur propre régime — mais ils ne rehaussent pas la pension du régime général.

Votre durée de référence, elle, dépend de votre génération. Compte tenu de la suspension de la réforme des retraites applicable au 1er septembre 2026 :

Année de naissanceDurée de référence
1960167 trimestres
01/01/1961 au 31/08/1961168 trimestres
01/09/1961 au 31/12/1962169 trimestres
01/01/1963 au 31/03/1965170 trimestres
01/04/1965 au 31/12/1965171 trimestres
À compter de 1966172 trimestres

Si votre départ se situe dans la zone concernée par ce gel, les conséquences dépassent le seul SAM : nous les avons détaillées dans notre analyse de la réforme suspendue.

Ce que je vérifie dans les dossiers

Quatre contrôles, dans l'ordre :

1. Le compte de vos années valorisables. Avant toute chose : avez-vous 25 années permettant de valider au moins un trimestre ? La réponse conditionne tout le raisonnement sur la fin de carrière.

2. Les années plafonnées. Combien de vos années sont-elles déjà au PASS ? Si la réponse est « au moins 25 », votre SAM est verrouillé au maximum et aucune décision de rémunération ne le fera bouger. Le levier est ailleurs.

3. Les trous et les anomalies du relevé. Une année absente ou sous-évaluée qui aurait dû figurer dans les 25 meilleures coûte directement de la pension, chaque mois, à vie. C'est le motif de correction le plus rentable — voir comment vérifier et corriger son relevé de carrière.

4. La cohérence d'un éventuel projet de rachat. L'année visée figure-t-elle dans vos 25 meilleures ? Si oui, le rachat la fait sortir du SAM. À recalculer avant de signer.

En résumé

Le salaire annuel moyen est le multiplicateur de votre retraite de base, et il obéit à des règles qui contredisent l'intuition : les 25 meilleures années se déterminent après revalorisation et plafonnement au PASS, l'année du départ ne compte jamais, une année rachetée sort du calcul, et une année creuse en fin de carrière est neutre dès lors que vous avez 25 années valorisables.

Pour les hauts revenus, la conclusion est structurelle : votre base est plafonnée à 48 060 € d'assiette en 2026, quelle que soit votre rémunération. La retraite de base d'un dirigeant à 250 000 € et celle d'un cadre au plafond sont les mêmes. Tout ce qui distingue vos revenus se joue sur la complémentaire et sur l'épargne — c'est-à-dire précisément là où une décision prise aujourd'hui produit encore de l'effet.

Reconstituer un SAM à la main, année par année, coefficient par coefficient, est un travail fastidieux mais c'est le seul qui donne un chiffre fiable. C'est le point de départ de chaque audit retraite que je conduis, et c'est presque toujours là que se trouvent les surprises — dans les deux sens.

FAQ

Comment sont choisies les 25 meilleures années ? La caisse revalorise d'abord tous les salaires de votre carrière avec des coefficients basés sur l'indice des prix à la date d'effet de votre pension, après les avoir plafonnés au PASS de l'année concernée. Elle classe ensuite ces montants revalorisés et retient les 25 plus élevés. Ce sont donc les 25 meilleures années après revalorisation, pas les 25 années où vous avez le plus gagné en euros courants.

Une mauvaise année fait-elle baisser mon salaire annuel moyen ? Non, tant que vous avez au moins 25 années valorisables. Le régime retient les 25 meilleures, donc une année faible reste simplement en dehors du calcul. Une année creuse ne pénalise votre salaire annuel moyen que si votre carrière compte moins de 25 années retenables : dans ce cas, elle entre dans la moyenne faute de mieux.

Est-ce que toutes mes années comptent pour le salaire annuel moyen ? Non. Trois catégories d'années sont écartées : l'année de votre départ en retraite, les années dont le salaire est insuffisant pour valider au moins un trimestre, et les années ayant fait l'objet d'un rachat de trimestres au titre des années d'études ou des années incomplètes.

Pourquoi mon salaire annuel moyen est-il plafonné à environ 48 000 € ? Parce que la cotisation du régime de base est limitée au plafond annuel de la sécurité sociale (PASS), les salaires reportés à votre compte le sont aussi. En 2026, le PASS s'élève à 48 060 €. Un dirigeant rémunéré 120 000 € voit donc son année reportée au PASS de l'année concernée, et pas à sa rémunération réelle.

Combien d'années sont retenues si je suis né avant 1953 ? Le nombre d'années retenues monte progressivement de 10 à 25 selon votre année de naissance. Au régime général, les 25 années s'appliquent à partir de la génération 1948. À la Sécurité sociale des indépendants, la montée en charge est plus lente : 25 années à compter de 1953 seulement.

Comment se calcule le salaire annuel moyen d'un polypensionné ? Si vous êtes né à compter du 1er janvier 1953 et relevez des régimes alignés (régime général, MSA, SSI), la LURA s'applique : une pension unique, un salaire annuel moyen non proratisé, calculé en totalisant vos revenus salariés et indépendants de chaque année, plafonnés au PASS. Pour les assurés nés avant 1953, chaque régime verse sa pension et le nombre d'années retenues est proratisé selon la durée d'assurance de chaque régime.

Le salaire annuel moyen suffit-il à déterminer ma pension ? Non, c'est le premier des trois facteurs. La pension de base est égale au salaire annuel moyen multiplié par le taux de pension (50% au maximum) et par le coefficient de liquidation, qui rapporte votre durée d'affiliation au régime à votre durée de référence. Un salaire annuel moyen élevé associé à une carrière incomplète donne une pension proratisée deux fois.

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