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Étude de cas

Faut-il continuer à travailler à fond avant la retraite ? Ce médecin spécialiste pensait que ralentir lui coûterait cher.

Médecin spécialiste libéral, 59 ans, 140 000 € de revenus annuels. À 5 ans du départ, il s'interroge : tenir le rythme jusqu'à 64 ans, passer à mi-temps, ou réduire fortement son activité ? Voici ce que les chiffres ont révélé.

Pension projetée à 64 ans

3 520 €

Net mensuel, 6 régimes obligatoires + Madelin

Si revenus ÷ 14 sur 2 ans

–140 €

Coût mensuel à vie d'une activité quasi-arrêtée avant départ

Si départ différé à 67 ans

+720 €

Gain mensuel à vie au taux plein automatique

Le contexte

Christian M. nous contacte début 2023, alors âgé de 59 ans. Médecin spécialiste libéral installé depuis le début des années 1990, il génère 140 000 € de revenus annuels et envisage de liquider ses droits à 64 ans.

Sa demande est précise : « Comment organiser mes 5 dernières années d'activité ? Est-ce que je dois tenir le rythme, passer à mi-temps, ou ralentir fortement ? Et surtout, qu'est-ce que ça change sur ma pension future ? »

Trois leviers, trois trajectoires possibles. Notre travail : les chiffrer pour qu'il puisse choisir en connaissance de cause.

Le diagnostic

Première étape : reconstituer la carrière complète. Le dossier d'un médecin spécialiste libéral est plus complexe qu'un parcours salarié — il combine 6 régimes obligatoires plus un dispositif facultatif :

RégimeRôleNet mensuel à 64 ans
Régime unifié (CNAV)Base — années salariées (internat)105
CNAVPLBase — profession libérale560
AGIRC-ARRCOComplémentaire — années salariées5
IRCANTECComplémentaire — années hospitalières35
CARMFComplémentaire — médecins1 530
CARMF ASVSupplémentaire — médecins conventionnés685
FAR AGIPI (Madelin)Facultatif — rente viagère600
Total net3 520

À 64 ans, Christian aurait validé 148 trimestres sur 171 requis, soit 12 trimestres manquants par rapport à l'âge du taux plein automatique (67 ans). La décote applicable est de 7,5 points sur le régime de base — ramenant le taux de pension de 50 % à 42,5 %. Un coefficient de minoration de 0,88 est également appliqué sur AGIRC-ARRCO et IRCANTEC.

En face de ces 3 520 €/mois nets : un revenu d'activité d'environ 11 700 €/mois. Soit un taux de remplacement de 30 % — typique d'un dirigeant ou libéral à hauts revenus, où la retraite obligatoire ne couvre qu'une fraction du train de vie d'activité.

Les 3 scénarios étudiés

La question centrale n'est pas quand partir — Christian a déjà arbitré pour 64 ans. Elle est : quel rythme d'activité tenir d'ici là ? Trois trajectoires ont été chiffrées sur les 2 dernières années avant liquidation.

ScénarioRevenus 2026-2028Pension nette 64 ansÉcart
A — Activité maintenuetient le rythme140 000 €/an3 520 référence
B — Mi-temps libéralréduit son activité de moitié70 000 €/an3 460 –60 €/mois
C — Activité minimalequelques actes uniquement10 000 €/an3 380 –140 €/mois
Coût mensuel à vie d'un ralentissement (vs activité maintenue)
référenceActivité maintenuePension : 3 520 €−60 €/moisMi-tempsPension : 3 460 €−140 €/moisActivité minimalePension : 3 380 €

Diviser ses revenus d'activité par 14 sur 2 ans coûte 140 €/mois à vie — soit 4 % de la pension finale. En vert : scénario recommandé.

Le constat est contre-intuitif : diviser ses revenus par 14 sur les 2 dernières années ne coûte que 140 €/mois de pension. Soit –4 % — alors qu'on pourrait imaginer un effet proportionnel à l'effort fourni.

Et le scénario intermédiaire (mi-temps) est encore plus parlant : –60 €/mois pour 70 000 € de revenus d'activité conservés et deux années de qualité de vie retrouvée.

Pourquoi les dernières années pèsent peu

Cet effet n'a rien d'une anomalie. Il s'explique régime par régime :

Le revenu annuel moyen est figé

Le régime de base unifié calcule la pension sur la moyenne des 25 meilleures années. Pour Christian, ces 25 années sont déjà passées (les pics de revenus se situent entre la fin des années 1990 et 2010). Ajouter ou retrancher des années en fin de carrière, à des revenus plus modestes, ne déplace pas la moyenne.

La CARMF est plafonnée

Le régime complémentaire CARMF — qui pèse 1 530 €/mois, soit près de la moitié de la pension de Christian — attribue 1 point par tranche de 15 397 € de revenus, dans la limite de 10 points par an. À 140 000 €, Christian est déjà au plafond : il acquiert 10 points/an. À 70 000 € il en acquiert encore 4-5. À 10 000 €, moins d'un point.

Mais ces points marginaux sur les 2 dernières années ne représentent qu'une fraction minuscule des quelques centaines de points cumulés sur l'ensemble de la carrière.

La CNAVPL aussi a son plafond

Le régime de base CNAVPL fonctionne par points avec un mécanisme similaire — chaque tranche de revenus génère un nombre de points décroissant, et le total annuel est plafonné. Christian capitalise déjà près de 15 000 points : les derniers ajouts marginaux changent peu son montant final.

Le régime unifié et AGIRC-ARRCO sont déjà négligeables

Avec une trentaine de trimestres validés au régime unifié et une soixantaine de points AGIRC-ARRCO, ces deux régimes représentent moins de 115 €/mois sur les 3 520 € totaux. Une variation y est cosmétique.

Conclusion technique : pour un libéral à hauts revenus en fin de carrière, le système de retraite a déjà capté l'essentiel des droits. Continuer à cotiser à plein régime n'améliore plus la pension que de manière marginale. Le vrai arbitrage se joue ailleurs : revenus d'activité conservés contre temps libre retrouvé.

La recommandation

Notre conseil : passer en mi-temps libéral à 62 ans, et liquider à 64 ans.

Le scénario B offre le meilleur compromis pour Christian :

  • Pension quasi-inchangée : 3 460 €/mois contre 3 520 € — un écart de 60 €/mois jugé négligeable
  • Revenu d'activité conservé : 70 000 €/an pendant 2 ans, soit 140 000 € cumulés en plus du scénario activité minimale
  • Qualité de vie : 2 années d'activité allégée pour préparer la transition, psychologiquement essentiel pour beaucoup de praticiens
  • Continuité du PER/Madelin : versements déductibles maintenus, donc effet fiscal préservé pendant la phase de transition

Et si Christian veut maximiser sa pension ?

Le seul levier puissant pour augmenter significativement la pension n'est pas l'intensité d'activité, c'est la date de liquidation. Décaler le départ de 64 à 67 ans fait gagner :

Âge de départTrimestresPension nette mensuelleGain vs 64 ans
64 ans1483 520 référence
65 ans1523 780 +260 €/mois
66 ans1564 010 +490 €/mois
67 ans (taux plein)1604 240 +720 €/mois
69 ans1714 640 +1 120 €/mois

L'arbitrage qui se présente alors est très différent :3 années de plus à travailler contre +720 €/mois à vie. Sur 20 ans d'espérance de vie résiduelle masculine, cela représente plus de 170 000 € de pension supplémentaire.

Christian a tranché : il préfère partir à 64 ans avec 3 520 €/mois et 3 années de retraite active en plus. Mais il connaît désormais le prix de chaque option.

Le résultat

Sortie d'étude, Christian a basculé en mi-temps libéral dès 62 ans. Sa pension à 64 ans est projetée à 3 460 €/mois nets — soit 60 € de moins qu'à plein régime, mais avec 2 années de vie professionnelle drastiquement allégées.

La leçon de ce dossier dépasse le cas individuel. Pour un libéral à hauts revenus en fin de carrière, le paradigme « travailler plus pour cotiser plus » cesse de fonctionner après 25-30 ans d'activité au plafond. Le système de retraite est calibré pour des trajectoires salariées progressives ; il ne sait pas valoriser les pics de revenus tardifs des indépendants.

Connaître cet effet permet de prendre les bonnes décisions : ralentir sereinement quand on en a envie, ou — au contraire — décaler le départ quand le levier est encore actif (entre 64 et 67 ans, chaque trimestre de plus rapporte ~55 €/mois à vie).

Et votre situation ?

Chaque dirigeant a un dossier unique. Notre méthode reste la même : audit complet de votre relevé de carrière, simulation des leviers d'optimisation pertinents pour votre profil, recommandation chiffrée avec ROI. Bilan retraite personnalisé — tarif sur devis après le premier échange gratuit.

À propos de l'auteur

Claude-Henri Poitou — Spécialiste retraite et protection sociale TNS

11 ans d'expérience aux côtés de dirigeants, professions libérales et travailleurs non salariés. Formé aux régimes de retraite multi-statuts (CNAV, AGIRC-ARRCO, CIPAV, CARMF, MSA, IRCANTEC, fonction publique).

Compétence Retraite EURL — Cabinet de conseil en retraite et protection sociale · SIREN 102 062 403

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Questions fréquentes

FAQ — Retraite des médecins libéraux

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