Retraite à l'étranger : pension, CSG, impôt et santé en 2026
Certificat de vie, fin de la CSG, cotisation maladie, impôt selon la convention, formulaire S1 : ce qui change sur votre pension quand vous partez vivre à l'étranger.
Un doute sur votre propre situation en lisant cet article ?
15 minutes gratuites avec Claude-Henri Poitou pour en parler.
Votre retraite française vous suit dans le monde entier. Ce qui change en partant, c'est tout le reste : ce que la caisse prélève sur votre pension, le pays qui l'impose, qui rembourse vos soins, et un certificat de vie à renvoyer chaque année, faute de quoi le paiement s'arrête.
Fin 2025, 1,05 million de retraités du régime général vivaient hors de France, 6,8 % du total (Cnav). La plupart ont travaillé en France avant de rentrer dans leur pays : 11 % seulement sont nés en France, selon la Cour des comptes (Sécurité sociale 2025). Ce guide s'adresse à ceux qui partent vivre leur retraite à l'étranger avec une pension française, ou qui y vivent déjà. Il ne traite pas des droits acquis en travaillant hors de France, qui obéissent à d'autres règles. Pour ces droits, voyez nos guides sur le calcul de la retraite française avec des années à l'étranger et sur les carrières passées au Royaume-Uni ou en Suisse.
L'essentiel en 30 secondes
- La pension est versée partout, réversion comprise, sur un compte en France ou à l'étranger. L'Aspa (minimum vieillesse) et l'allocation supplémentaire d'invalidité, elles, s'arrêtent.
- Un certificat de vie par an, un seul pour toutes vos caisses. Sans réponse à temps, le paiement est suspendu.
- Plus de CSG, de CRDS ni de CASA dès que vous n'êtes plus domicilié fiscalement en France. Si vous restez couvert par l'assurance maladie française, une cotisation maladie les remplace : 3,2 % sur la retraite de base, 4,2 % sur la complémentaire.
- L'impôt dépend de la convention fiscale. Le plus souvent, la retraite du privé est imposée dans votre pays de résidence et la pension de fonctionnaire en France. Mais au Maroc, en Tunisie ou au Sénégal, tout est imposé sur place ; en Thaïlande, tout reste imposable en France.
- La santé : en Europe, le formulaire S1 vous fait soigner sur place aux frais de la France. Ailleurs, vos soins sur place ne sont plus remboursés, sauf convention, et vos séjours en France restent couverts si votre pension rémunère au moins 15 ans d'assurance.
- Prévenez chaque caisse, l'Assurance Maladie et les impôts avant de partir : aucune démarche unique ne le fait pour vous.
Votre pension vous suit partout, pas le minimum vieillesse
Ce qui continue d'être versé
Les pensions de retraite, y compris les pensions de réversion, ne sont soumises à aucune condition de résidence en France (Cour des comptes, Sécurité sociale 2025, chapitre VIII). L'Assurance retraite verse des pensions dans plus de 180 pays, sur un compte français ou directement sur un compte à l'étranger. La majoration pour enfants et le minimum contributif font partie de la pension : aucun texte ne les lie à votre lieu de résidence.
Le rythme et la devise dépendent de la caisse :
- le régime général vire la retraite le 9 de chaque mois, pour le mois écoulé ;
- l'Agirc-Arrco paie le 1er du mois, chaque mois si votre compte est en France ou dans un pays européen de sa liste ; ailleurs, chaque trimestre, sauf si vous demandez le paiement mensuel, un choix ensuite définitif ;
- le Service des retraites de l'État paie les fonctionnaires installés à l'étranger en euros, sur un compte en France ou dans la zone euro, ou en monnaie locale ; au-delà de 183 jours de séjour, votre dossier passe à sa direction de Nantes.
Les frais d'un virement international restent à votre charge : comparez-les avec ceux d'un compte gardé en France.
Pour une réversion, le conjoint survivant qui vit à l'étranger y a droit aux mêmes conditions. Au régime général, la condition de ressources tient compte de toutes ses ressources, y compris étrangères, converties en euros ; à l'Agirc-Arrco, il n'y a pas de condition de ressources, mais une attestation de non-remariage à renvoyer chaque année.
Ce qui s'arrête
L'allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), l'ancien minimum vieillesse, est réservée aux personnes qui séjournent en France plus de neuf mois par an, depuis le 1er septembre 2023 (Code de la sécurité sociale, art. L. 815-1 et R. 111-2). L'allocation supplémentaire d'invalidité exige plus de six mois. Les deux s'arrêtent si vous partez vivre à l'étranger, comme l'allocation personnalisée d'autonomie, les aides au logement et l'allocation de veuvage.
Signalez votre départ à votre caisse : une prestation versée après un départ non déclaré est un indu à rembourser. À votre retour, vous pourrez refaire une demande.
Adresse et compte : une démarche par caisse
Aucun service ne transmet votre nouvelle adresse à l'étranger à toutes vos caisses. Prévenez chacune d'elles, de préférence avant de partir :
- le régime général : un compte étranger se déclare par courrier signé à votre caisse régionale, avec le relevé d'identité bancaire ;
- l'Agirc-Arrco : en ligne, dans votre espace personnel, compte français ou étranger ; la prise en compte peut prendre deux mois ;
- le Service des retraites de l'État : par l'ENSAP ou par courrier, en précisant la durée de votre séjour ;
- la CNRACL et l'Ircantec : dans l'espace « Ma retraite publique » ou par courrier.
Gardez votre ancien compte jusqu'au premier virement sur le nouveau.
Le certificat de vie : chaque année, sous peine de suspension
En France, l'Insee signale les décès aux caisses de retraite. À l'étranger, elles ne le savent pas. La loi impose donc à tout retraité qui vit hors de France de justifier « chaque année de son existence », quelle que soit sa nationalité (Code de la sécurité sociale, art. L. 161-24).
Un seul certificat, un délai à tenir
Le certificat est commun à tous vos régimes : un seul envoi vaut pour la retraite de base, les complémentaires et la fonction publique (art. L. 161-24-3). Il arrive chaque année à la même période, par e-mail ou par courrier.
Répondez avant la date indiquée : l'Assurance retraite laisse deux mois pour le renvoyer en ligne. Sans réponse, le paiement est suspendu, pour toutes vos caisses à la fois (art. D. 161-2-27). Il reprend à la réception d'un certificat recevable, daté de moins de trois mois.
Trois façons de répondre
- L'application « Mon certificat de vie », gratuite, sur invitation : un QR code figure dans le courrier ou l'e-mail de demande. Il vous faut un passeport valide ou, selon les pays, une carte d'identité lisible par la machine. Une fois la démarche commencée, vous avez quatre jours pour la terminer, sans signature à faire apposer.
- Le formulaire papier, signé par l'autorité locale compétente de votre pays, puis envoyé dans votre espace personnel ou par courrier au Centre de traitement retraite à l'étranger, à Tours. L'autorité dépend du pays, selon la carte de l'Assurance retraite : la police judiciaire ou un établissement public au Maroc, l'assemblée populaire communale en Algérie, la municipalité en Tunisie, la junta de freguesia au Portugal, la mairie en Espagne.
- Le consulat de France, seulement dans les pays où la carte l'indique : Sénégal, Chine, Inde, Viêt Nam, par exemple. Ce n'est pas la règle générale.
Une question : les conseillers de l'Assurance retraite répondent au +33 9 74 75 76 99, du lundi au vendredi de 8 h à 17 h (heure française), quel que soit votre régime.
Les pays dispensés, et ceux qui convoquent
Dans les pays qui transmettent leurs décès aux caisses françaises, le certificat n'est en principe plus demandé : l'Allemagne, la Belgique, le Danemark, l'Espagne, le Luxembourg, le Portugal, la Suisse et, depuis mars 2026 selon l'Agirc-Arrco, les Pays-Bas. Si vous recevez malgré tout une demande, répondez-y. Et la réversion garde son attestation de situation maritale annuelle.
À l'inverse, au Maroc et en Algérie, attendez-vous à une convocation. Au Maroc, l'Union retraite fait contrôler sur place environ 8 000 retraités par an par la Caisse marocaine de retraite, depuis une convention signée en 2024 (réponse ministérielle publiée le 14 avril 2026). En Algérie, les caisses s'appuient sur des tiers de confiance locaux, notamment une banque : 16 % des retraités devaient y être convoqués chaque année à partir de 2025 (Cour des comptes). Ne pas se présenter suspend la pension.
À partir du 1er janvier 2028, la preuve d'existence passera en principe par la biométrie, avec des dérogations : échange de données d'état civil, contrôle par un tiers de confiance, certificat visé par le consulat ou authentifié par une autorité locale habilitée (loi de financement de la Sécurité sociale pour 2025, art. 88 ; loi du 25 juin 2026 contre les fraudes, art. 5). Les modalités restent à fixer par décret.
CSG, CRDS, CASA : ce que vous ne paierez plus
Le critère : votre résidence fiscale, pas votre départ
En France, votre pension supporte jusqu'à 9,1 % de prélèvements sociaux sur la base (CSG 8,3 %, CRDS 0,5 %, CASA 0,3 %) et 10,1 % sur la complémentaire, qui paie en plus 1 % d'assurance maladie. Le taux de CSG dépend de votre revenu fiscal de référence : pour une personne seule en 2026, exonération jusqu'à 13 048 €, 3,8 % jusqu'à 17 057 €, 6,6 % jusqu'à 26 472 €, 8,3 % au-delà. Le détail est dans notre guide CSG retraite 2026.
La CSG n'est due que par les personnes à la fois domiciliées fiscalement en France et à la charge d'un régime obligatoire français d'assurance maladie (Code de la sécurité sociale, art. L. 136-1). La CRDS et la CASA suivent la même règle. Dès que vous n'êtes plus domicilié fiscalement en France, les trois disparaissent. Ce n'est donc pas le départ qui compte, c'est la résidence fiscale : tant que vous restez résident fiscal français, elles restent dues.
À la place : une cotisation maladie, si la France vous couvre
Si vous restez couvert par l'assurance maladie française, une cotisation d'assurance maladie remplace ces trois prélèvements (art. L. 131-9). Ses taux n'ont pas changé depuis le 1er mars 2018 :
- 3,2 % sur la retraite de base du régime général (art. D. 242-8) et sur les pensions de fonctionnaire (art. D. 711-5) ;
- 4,2 % sur les retraites complémentaires : Agirc-Arrco, Ircantec ;
- 7,1 % sur la retraite de base des avocats et, selon le Cleiss, des autres indépendants (art. D. 621-5).
Elle est due si vous êtes installé en Europe avec un formulaire S1 délivré par la France, si vous vivez dans un pays dont la convention met vos soins à la charge de la France (Maroc, Tunisie, Algérie, Turquie…), ou si vous gardez vos droits aux soins lors de vos séjours en France (voir plus bas). Sinon, rien n'est prélevé : c'est le cas si vous percevez aussi une retraite du pays européen où vous vivez, qui vous couvre alors, et, en principe, si vous n'avez aucun droit aux soins en France. Adhérer à la Caisse des Français de l'étranger ne dispense pas de cette cotisation.
Exemple : 2 000 € de pension brute, avant et après le départ
Prenons un retraité qui touche 1 200 € de retraite de base du régime général et 800 € d'Agirc-Arrco, en brut par mois.
| Situation | Base (1 200 €) | Agirc-Arrco (800 €) | Prélevé | Net |
|---|---|---|---|---|
| En France, taux médian de CSG | 88,80 € | 67,20 € | 156,00 € | 1 844,00 € |
| En France, taux normal de CSG | 109,20 € | 80,80 € | 190,00 € | 1 810,00 € |
| À l'étranger, couvert par l'assurance maladie française | 38,40 € | 33,60 € | 72,00 € | 1 928,00 € |
| À l'étranger, sans couverture française (ou couvert par son pays européen de résidence) | 0 € | 0 € | 0 € | 2 000,00 € |
Montants avant impôt sur le revenu. Une personne seule qui ne vit que de ces pensions paie en France le taux médian ; le taux normal suppose d'autres revenus dans le foyer. Taux 2026 : CSG, CRDS et CASA (art. L. 136-1 et suivants), cotisation maladie (art. D. 242-8).
Le départ fait gagner 84 € par mois par rapport au taux médian, soit environ 1 000 € par an. Reste l'impôt : selon le pays, il est dû en France, dans le pays de résidence, ou aux deux avec un crédit d'impôt.
Faire arrêter la CSG
Rien n'est automatique : c'est le signalement de votre nouvelle adresse qui déclenche la révision, caisse par caisse. Au régime général, la caisse vous envoie un questionnaire sur votre domicile fiscal et votre couverture maladie ; depuis l'étranger, vous avez quatre mois pour répondre (circulaire Cnav 2025-07). Une copie de votre avis d'impôt ou une déclaration sur l'honneur suffit pour le domicile fiscal.
Selon la doctrine de la Cnav, l'exonération part du 1er janvier de l'année du départ, et la CSG prélevée à tort est remboursée. Les sommes prélevées à tort se récupèrent dans la limite de trois ans (art. L. 243-6), auprès de la caisse et non des impôts. Sans réponse au questionnaire, la caisse continue de vous traiter comme un résident, puis applique le taux le plus élevé.
L'impôt : c'est la convention fiscale qui décide
D'abord, êtes-vous vraiment non-résident ?
L'année du départ est coupée en deux : vous êtes résident fiscal français du 1er janvier à la date du départ. L'année suivante, vous déclarez cette année-là sur deux formulaires : la déclaration habituelle n° 2042 pour la période d'avant le départ, et la n° 2042-NR pour vos revenus de source française imposables en France après le départ (impots.gouv.fr). Votre dossier passe ensuite au service des impôts des particuliers non-résidents.
Encore faut-il ne plus être résident au sens du Code général des impôts. Il suffit d'un des trois critères de l'article 4 B pour rester domicilié en France : y avoir son foyer ou son séjour principal, y exercer son activité principale, ou y avoir le centre de ses intérêts économiques, c'est-à-dire le pays d'où l'on tire l'essentiel de ses revenus.
C'est le piège du retraité qui ne vit que de pensions françaises. Dans un pays sans convention fiscale avec la France, il peut rester résident fiscal français : le Conseil d'État a jugé qu'un retraité installé au Cambodge, dont tous les revenus venaient de France, n'avait pas pour autant cessé d'avoir en France le centre de ses intérêts économiques (CE, 17 juin 2015, n° 371412). Avec une convention, c'est elle qui tranche, et elle regarde d'abord où se trouve votre foyer d'habitation permanent ; depuis février 2025, l'article 4 B le dit expressément. Garder un logement en France, ou y laisser votre conjoint, peut suffire à vous y maintenir résident.
Ce que la France prélève : la retenue à la source des non-résidents
Un non-résident ne relève plus du prélèvement à la source des résidents. Lorsque la convention laisse à la France le droit d'imposer votre pension, votre caisse applique la retenue à la source des non-résidents (Code général des impôts, art. 182 A), qui s'applique toujours en 2026. Elle est calculée après un abattement de 10 % :
| Pension annuelle, après abattement de 10 % | Taux 2026 |
|---|---|
| Jusqu'à 17 275 € | 0 % |
| De 17 275 € à 50 112 € | 12 % |
| Au-delà de 50 112 € | 20 % |
Barème 2026 publié par le Service des retraites de l'État, qui calcule la base après déduction de la cotisation maladie. Pour les revenus 2025 : 17 122 € et 49 667 € (impots.gouv.fr).
Trois règles à connaître :
- Les tranches à 0 % et 12 % sont libératoires : cette part de pension n'entre plus dans le calcul de votre impôt en France.
- Au-delà, l'impôt français s'applique avec un taux minimum de 20 %, puis 30 % au-delà de 29 579 € de revenu net imposable pour les revenus 2025 (art. 197 A). Vous pouvez demander le taux moyen d'imposition de l'ensemble de vos revenus, mondiaux compris, s'il est plus faible. La retenue à 20 % s'impute sur cet impôt.
- Chaque caisse applique le barème sur ce qu'elle verse. Avec deux caisses, chacune peut rester sous le seuil de 17 275 € alors que le total le dépasse : l'administration régularise ensuite sur votre déclaration (art. 197 B). Exemple d'impots.gouv.fr : deux pensions de 10 000 € et 14 000 € après abattement, aucune retenue, puis 825 € réclamés.
Vous déclarez vos pensions dans les cases 1AL et suivantes, et la retenue sur l'annexe 2041-E, auprès du service des impôts des particuliers non-résidents.
Qui impose quoi : la nature de la pension compte
Les conventions fiscales distinguent trois sortes de pensions :
- les pensions publiques, versées au titre de services rendus à l'État ou à une collectivité : retraite de fonctionnaire de l'État (SRE), territorial ou hospitalier (CNRACL) ;
- les pensions de sécurité sociale : régime général, régimes de base des indépendants, Agirc-Arrco et autres complémentaires obligatoires (impots.gouv.fr) ;
- les autres pensions privées, comme une retraite supplémentaire d'entreprise.
Le schéma le plus courant : la pension publique reste imposable en France, sauf si vous avez la nationalité du pays où vous vivez, et les autres sont imposées dans votre pays de résidence. Mais les exceptions portent sur des destinations fréquentes :
| Vous vivez… | Régime général, Agirc-Arrco | Pension de fonctionnaire |
|---|---|---|
| Portugal, Espagne, Belgique, Algérie | pays de résidence | France (1) |
| Suisse | Suisse (2) | France si vous êtes Français |
| Maroc, Sénégal, Tunisie (3) | pays de résidence | pays de résidence |
| Italie | France et Italie, qui accorde un crédit d'impôt | France (1) |
| Maurice | France seulement | France |
| Thaïlande | France | France |
| Pays sans convention (Cambodge…) | France | France |
Sources : impots.gouv.fr, annexe 1 de la notice 2041-E, « Pensions de retraite – imposition en fonction des pays », version 2026, et texte des conventions. (1) Sauf si vous avez la nationalité du pays de résidence : sans avoir la nationalité française (Espagne, Algérie, Italie) ou même en l'ayant (Portugal, Belgique). (2) Imposée en France si elle ne l'est pas en Suisse. (3) Tunisie : sauf si la pension n'est pas imposée en Tunisie. Ce tableau est indicatif : seul le texte de la convention fait foi.
Une nuance pour les anciens agents hospitaliers : dans certaines conventions, comme celles signées avec l'Italie, la Turquie ou la Thaïlande, une pension versée au titre de services rendus à un établissement public compte comme une pension privée.
Pour le cas inverse, une pension étrangère touchée par un résident de France, voyez notre guide pension étrangère imposable en France : la règle pays par pays, la déclaration et la CSG.
Faire cesser la retenue française
Si la convention réserve l'imposition de votre pension à votre pays de résidence, la caisse ne doit pas pratiquer de retenue. Prévenez-la de votre départ et justifiez votre résidence : le justificatif prévu par l'administration fiscale française est le formulaire n° 5000, visé par celle de votre pays. Certaines caisses se contentent d'une attestation de résidence fiscale : demandez à chacune, base et complémentaire, ce qu'elle exige.
Si une retenue a été prélevée à tort, elle n'est pas perdue : c'est un acompte d'impôt, remboursable par le service des impôts des non-résidents après votre déclaration. Pensez aussi à supprimer, sur la déclaration, les pensions préremplies qui ne sont pas imposables en France.
Le pays d'accueil a ses propres règles
Une fois l'impôt attribué à votre pays de résidence, ce sont ses règles qui s'appliquent, et elles changent souvent. Le Portugal a fermé son statut de résident non habituel aux nouveaux arrivants depuis 2024 ; ceux qui l'avaient obtenu gardent leur taux de 10 % sur les pensions étrangères jusqu'au terme de leurs dix ans. Le Maroc, lui, applique un abattement aux pensions et réduit de 80 % l'impôt dû sur les pensions de source étrangère transférées en dirhams non convertibles. Faites vérifier ces points par un fiscaliste du pays avant de partir.
La santé : le formulaire S1 en Europe, les séjours en France ailleurs
Dans l'Union européenne, l'EEE, en Suisse ou au Royaume-Uni
Avant de partir, demandez le formulaire S1 à votre caisse de retraite de base : au régime général, par le questionnaire « étude des droits aux soins de santé à l'étranger ». Il faut un formulaire par personne, conjoint compris. Sur place, il vous inscrit à la sécurité sociale locale : vos soins sont remboursés selon les règles du pays, aux frais de la France (règlement européen 883/2004, art. 24).
La France reste compétente pour vos soins lors de vos séjours en France, où vous retrouvez tous vos droits, soins programmés compris (art. 27), et pour votre carte européenne d'assurance maladie. Exception : si vous touchez aussi une retraite du pays où vous vous installez, c'est ce pays qui vous couvre, y compris lors de vos séjours en France (art. 23).
Hors d'Europe
Dès votre départ, l'Assurance Maladie française ne rembourse plus vos soins sur place. Trois cas :
- Votre pays a une convention qui couvre les soins des retraités. Au Maroc et en Tunisie, vous êtes soigné par la caisse locale aux frais de la France ; votre caisse de retraite vous délivre l'attestation à présenter (formulaires SE 350-07 et SE 351-07). En Algérie et en Turquie, si vous touchez une retraite du régime des salariés, la caisse locale vous soigne aussi, la France lui remboursant les trois quarts des dépenses ; il n'y a pas d'attestation à demander avant le départ. Le Sénégal, lui, ne prévoit rien.
- Vos séjours en France restent couverts si votre pension rémunère au moins 15 ans d'assurance en France, périodes assimilées comprises (art. L. 160-3), ou si vous vivez au Maroc ou en Tunisie, quelle que soit votre durée d'assurance. Dix ans suffisent si vous étiez déjà couvert avant le 1er juillet 2019. Au régime général, il faut s'inscrire au Cnarefe (Centre national des retraités de France à l'étranger, géré par la CPAM de Seine-et-Marne). Votre conjoint n'est pas couvert, sauf rares conventions ; vos enfants mineurs le sont.
- Pour vos soins sur place, sans convention, adhérez à la Caisse des Français de l'étranger (CFE), à tout âge et sans questionnaire de santé, ou souscrivez une assurance privée, avec assistance et rapatriement. À la CFE, une adhésion tardive impose un délai de carence de trois mois, six mois à partir de 45 ans ; son offre pour les retraités, qui ne couvre que les soins hors de France, coûte 492 € par trimestre pour une personne seule (barème d'avril 2026).
Si vous n'avez qu'une pension de fonctionnaire, adressez-vous à votre caisse de retraite : le Cnarefe vise les retraités du régime général.
Le retour en France
Si la France vous couvrait déjà (formulaire S1 français, ou droits lors de vos séjours en France), prévenez la CPAM de votre nouveau domicile dès votre retour. L'Assurance Maladie indique, sur son forum, que vous retrouvez alors vos droits sans le délai de trois mois de résidence imposé aux nouveaux arrivants ; aucun texte ne l'écrit noir sur blanc. Sinon, ce délai s'applique, et la CFE maintient vos droits trois mois au plus.
Demander sa retraite en vivant déjà à l'étranger
Où déposer la demande dépend du pays où vous vivez :
- dans l'Union européenne, l'EEE ou en Suisse : au choix, à la caisse de votre pays de résidence ou à celle de votre dernier emploi en France ; la date de dépôt vaut pour tous les pays (règlement 987/2009, art. 45) ;
- dans un pays lié à la France par un accord de sécurité sociale : à la caisse de votre pays de résidence ;
- ailleurs : en ligne, dans votre espace personnel de l'Assurance retraite, ou avec la demande unique d'info-retraite.fr, qui exige une connexion FranceConnect.
Déposez-la cinq mois avant la date de départ choisie, six à neuf mois pour un fonctionnaire. La retraite prend effet au plus tôt le premier jour du mois qui suit la demande : un retard ne se rattrape pas.
Vous avez aussi travaillé dans un autre pays de l'Union européenne, de l'EEE, en Suisse ou au Royaume-Uni ? Signalez chaque pays dans votre demande : elle vaut en principe aussi demande de ces retraites étrangères, sauf si vous demandez expressément d'en différer une. Le calendrier pays par pays est dans notre guide retraite dans plusieurs pays : quand demander chaque pension.
Avant de partir : la check-list
- Vérifiez votre relevé de carrière et réglez les anomalies avant de partir : tout est plus long à corriger depuis l'étranger.
- Prévenez chaque caisse (base, complémentaire, fonction publique) de votre nouvelle adresse et de votre nouveau compte, et gardez l'ancien compte jusqu'au premier virement.
- Demandez votre formulaire S1 si vous partez en Europe ; ailleurs, vérifiez vos 15 ans d'assurance et inscrivez-vous au Cnarefe.
- Prévoyez la couverture santé de votre conjoint et vos soins sur place hors convention : CFE ou assurance privée.
- Lisez la convention fiscale de votre pays d'accueil, et demandez à chaque caisse la nature de vos pensions.
- Coupez vos attaches fiscales en France si vous voulez y devenir non-résident, puis préparez la déclaration de l'année du départ (2042 et 2042-NR).
- Déclarez la fin de vos prestations sous condition de résidence : Aspa, allocation supplémentaire d'invalidité, aide au logement.
- Notez la date de votre premier certificat de vie, et la façon d'y répondre dans votre pays.
Les erreurs qui coûtent le plus
- Rester résident fiscal français sans le savoir. Un logement gardé en France, un conjoint resté sur place, ou des revenus tous français dans un pays sans convention : la CSG et l'impôt français continuent.
- Laisser la caisse appliquer la mauvaise fiscalité. Une retenue française sur une pension que la convention réserve à votre pays de résidence vous fait payer deux fois ; à l'inverse, en Italie ou en Thaïlande, la France garde un droit d'imposer.
- Oublier le certificat de vie, ou la convocation. La suspension touche toutes vos caisses à la fois.
- Partir sans signaler le départ à la caisse qui verse l'Aspa. Les mois perçus à tort sont à rembourser.
- Partir hors d'Europe sans couverture santé. Avec moins de 15 ans d'assurance en France et sans convention, vous n'êtes plus remboursé, ni sur place ni lors de vos séjours en France ; votre conjoint, lui, ne l'est jamais au titre de votre pension.
- Croire qu'une démarche vaut pour toutes les caisses. Le certificat de vie est commun ; l'adresse, le compte et la résidence fiscale se déclarent caisse par caisse.
En un coup d'œil
| Question | Réponse |
|---|---|
| La pension est-elle versée à l'étranger ? | Oui, partout, réversion comprise ; pas l'Aspa ni l'ASI |
| Certificat de vie ? | Une fois par an, un seul pour toutes les caisses ; suspension sans réponse |
| CSG, CRDS, CASA ? | Plus dues si vous n'êtes plus domicilié fiscalement en France |
| Cotisation maladie ? | 3,2 % sur la base, 4,2 % sur la complémentaire, si la France vous couvre |
| Impôt sur une pension privée ? | En général dans le pays de résidence ; France en Thaïlande, France et Italie en Italie |
| Impôt sur une pension de fonctionnaire ? | En général en France ; sur place au Maroc, en Tunisie, au Sénégal |
| Retenue à la source 2026 ? | 0 % jusqu'à 17 275 €, 12 % jusqu'à 50 112 €, 20 % au-delà |
| Santé en Europe ? | Formulaire S1 : soins sur place aux frais de la France |
| Santé hors d'Europe ? | Séjours en France couverts avec 15 ans d'assurance ; sur place, convention, CFE ou assurance privée |
Pour aller plus loin
Nos guides pour ceux qui ont aussi travaillé hors de France :
- Retraite européenne : calcul de la pension française, 3 exemples
- Retraite dans plusieurs pays : quand demander chaque pension
- Pension étrangère imposable en France : impôt et CSG par pays
- Retraite Royaume-Uni : State Pension et rachat avant avril 2027
- Retraite frontalier suisse : AVS, 2e pilier, santé et impôt
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